BiLL-Boké

L'Afrique autrement

Soul Ayom

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          Si l’on dit que la musique adoucit les mœurs, on peut en dire autant peut-être même principalement pour certaines voix qui sont une thérapie pour l’âme. Et l’Ivoirien Wognin Pedro, alias Soul Ayom est de cette race de chanteurs dont le timbre vocal transpire les émotions. Les adeptes de «la musique de l’âme» trouveront dans «Soul Triumph», son nouvel album de 16 titres, une magie émotionnelle qui tire son essence de la force d’une voix, grave, envoûtante et énergique à la fois.

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           Connu autrefois sous le nom de Wognin Pedro, l’enseignant de musique, aujourd’hui rebaptisé Soul Ayom a fait danser les mélomanes ivoiriens, dans les années 70. C’était l’époque des rythmes enfiévrés du disco, de la pop, du funk… Mais en 1975, le natif de Bonoua (au sud de la Côte d’Ivoire), part en France. Il y enseigne la musique jusqu’en 1982, avant de tout plaquer pour la scène. L’enfance du jeune WogninAyomou a été bercée par les classiques intemporels des icônes tels que Otis Redding, Wilson Pickett, James Brown, les Rolling Stones… C’est tout naturellement que les années 60 et 70 font partie aujourd’hui de son répertoire.

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          Depuis la France, Soul Ayom a acquis une notoriété internationale qui le conduit un peu partout : Espagne, Russie, Maroc, Liban…sur les scènes des plus grands festivals. Il a collaboré avec des musiciens au talent achevé, à l’image du pianiste de jazz américain, Joe Sample, pour ne citer que lui. Son nouvel album n’est ni plus ni moins que la confirmation de ses qualités vocales et textuelles. Un album qui incarne l’espoir avec le titre «Hope for better time» (reprise de la Symphonie n°6 de Beethoven). Il y a aussi l’amour avec le titre «Koura» qui relate une idylle impossible entre l’artiste et une nommée Koura.

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          Pour comprendre l’univers émotionnel de cet album où chaque chanson est un état d’âme de l’auteur, il faut d’abord comprendre le sens que ce dernier donne à la vie : «Nous menons des combats dans la vie, contre nos vieux démons, nos ennemis, etc. J’estime que la musique est une parole divine à travers laquelle Dieu me permet de me battre», dit-il. Mais la vie n’est pas faite que de combats, d’où les thèmes de la nature, de l’amour et de l’espoir au menu de ce disque. “Au départ, j’avais voulu le nommer «Soul Grammar», mais quelqu’un m’a suggéré en rêve de le baptiser «Soul Triumph”, qui est le triomphe de l’âme. Et je peux dire aujourd’hui que j’ai triomphé. La parole divine est en moi», déclare l’artiste. Qui se décrit surtout comme un panafricaniste, un militant de la culture africaine. Car, dit-il, “je pense que c’est par la culture qu’on peut aliéner un peuple”. Entretien avec un chanteur qui vit la soul.

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INTERVIEW

• Wognin Pedro ou Soul Ayom. A qui avons-nous affaire concrètement ?

- On avait affaire à Wognin Pedro jusqu’à fin 2013 date à laquelle l’album Soul Triumph est sorti sous un autre nom. Qui va être désormais Soul Ayom. Je me suis réapproprié mon nom de naissance qui est Ayom ou plus précisément Ayomou. C’était le nom d’un grand oncle qui était dans notre grande famille clanique. J’ai ajouté Ayom à Soul parce que d’abord j’aime la soul. Ensuite parce que chaque être humain a une âme qui le guide.

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• En changeant d’identité, cela ne va pas dérouter les melomanes ?

- Non, parce que j’excelle dans trois genres principaux qui sont le high-life, le son cubain et la soul. Mais je ne vais pas prendre un nom pour chaque genre, ce serait trop et même ridicule. J’ai donc pris un nom générique qui est Soul Ayom puisque dans chaque genre que je pratique, il y a une âme. Le nom soul est aussi fédérateur. Donc pour moi, ça ne peut pas dérouter. C’est une continuité.

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• Comment l’occident accueille ce nouveau nom ?

- Pour l’instant, ça va. C’est bien accueilli. Mais je compte sur les journalistes pour faire vivre ce nom. C’est un changement dans la continuité. J’allais dire une transformation des choses parce qu’à un moment donné, il faut vivre autre chose. J’ai choisi ce nom comme cheval de bataille.

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• Pourquoi maintenant ?

- Chaque chose en son temps, tout simplement. J’aurais pu prendre Ayom en son temps. J’ai préféré attendre jusqu’à maintenant. C’est une inspiration qui m’est venue comme ça. Pour tout vous dire, je suis très spirituel car je suis très lié à certains phénomènes.

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• Par le nom, vous êtes revenu à vos racines. Mais le genre musical lui est resté bien occidental….

- Oui ! comme je l’ai dit plus haut : je pratique trois genres : le high-life qui dérive des musiques akan. Je le pratique avec un groupe qui s’appelle Nipa qui veut dire l’être humain. Titus est de ce groupe. C’est très bien vu en Europe. malheureusement, le groupe n’est pas représenté  ici en Côte d’Ivoire. La soul me nourrit depuis très longtemps, depuis la fin des années 60 quand j’étais au Super Fétiche avec N’Guessan Santa. Bailly Spinto était dans Le New System Pop, WedjiPed avec les Djinn’S Music. C’était une époque très florissante en orchestres. On animait les bals de fin d’année. Ce qui nous servait de véhicule au niveau musical, c’était les Rolling Stones, les Beatles, tous des groupes pop anglais et puis c’était aussi la soul qu’on venait de découvrir avec Wilson Pickett, James Brown, Otis Redding, Aretha Franklin, Percy Sledge… Tous ces gens-là nous ont nourris comme le high-life m’a nourri. Et bien avant la soul, j’ai été nourri par le son cubain avec les GV (Grabado Venezuela, fabriqué au Venezuela), les groupes Sexteto Habanero avec Ignacio Pineiro, Los Compadres avec leur ténor qui s’appelait Compay Segundo, Orquesta Aragon avec Pacheco et sa flûte… Je situe ces trois musiques au même niveau car je les pratique au même niveau. En tout cas, au niveau de la performance, c’est la même chose.

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• Où vous situez-vous quand on parle de soul à Paris ?

- Je suis situé dans la pure tradition de soul. Ce qui fait qu’on me reconnaît comme un grand soul-man à Paris où on m’appelle Pedro Wognin. Pour les Parisiens, je fais partie des plus grands, sinon le plus grand chanteur de soul. Je puis vous dire qu’il y a des Américains, quand ils m’écoutent à Paris, c’est avec respect : « Brother, thankyou. You’regreat » (frère,merci. Tu es un grand, ndlr).

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• Il y a de nouvelles tendances dans la soul. Est-ce que vous vous retrouvez ?

- Je me retrouve en tant que référant. Il faut toujours partir d’une base pour voir l’histoire de la soul. Aujourd’hui, ça s’appelle RnB. Mais que ce soit RnB ou Hip-hop, ce sont des déclinaisons de la soul traditionnelle. Ces nouvelles musiques qui sont aussi urbaines, rendent compte d’une envie d’aspiration profonde d’une jeunesse qui est dynamique et qui cherche aussi à avoir son identité propre. Quand chaque musique naît, cela correspond à un mouvement social, je dirai même socio-politique, socio-culturel. Dans les années 60, la soul était la revendication des droits civiques des Noirs aux Etats-Unis. Aujourd’hui, le RnB ou le Hip-hop sert aussi de véhicule à une jeunesse qui cherche aussi une réelle identité dans un monde qui avance avec ses difficultés, avec la crise.

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• On pourrait retrouver Wognin Pedro dans le RnB, le couper-décaler ?

- Il suffit qu’on me fasse des propositions. Me concernant moi-même, je suis curieux de toutes sortes de musiques. Jusqu’ici, je n’ai pas eu le temps de le faire. Je voyage beaucoup et cela ne me laisse pas le temps de m’asseoir pour penser à ce type de musiques. Sinon je serais allé avec les tenants de cette musique ou je l’aurais seulement écouté. C’est juste un temps d’écoute qui m’est nécessaire pour apprendre les codes parce que chaque musique a ses codes, je dirai sa grammaire qu’il faut respecter.

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• Devrait-on craindre pour la soul traditionnelle ?

- Non ! Fort heureusement d’ailleurs. Moi je suis là pour défendre cette soul qui m’a nourri et qui me nourrit encore. Il y a encore des voix, des vraies, pour poursuivre cette aventure. J’en ai pour preuve la récente réception faite par Barack Obama à tous les ténors de la soul américaine de Memphis. Parmi ces invités il y avait Sam Moore. Un monsieur qui est chanté par la soul et qui avait à ses côtés un jeune de 24 ans tout aussi fabuleux. C’est dire qu’il y a la relève pour la soul. La soul est là, elle n’a pas bougé. Certes avec des colorations différentes parce que nous avons affaire à des interprètes plus jeunes avec leur style de voix, leur mode de vie qui correspond à une certaine période de la musique. C’est normal parce que la musique n’est pas figée. Elle vit et évolue comme un être humain.

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• Quelle musique ivoirienne écoutez-vous ?

- J’écoute généralement les musiques traditionnelles qui sont notre patrimoine. Puis la musique tradi-moderne. Avec les gens comme Séri Simplice, Allah Thérèse… Pour les musiques urbaines, c’est à des occasions précises. Peut-être à une soirée entre Ivoiriens. Sinon ça ne fait pas partie de ma bibliothèque musicale. Mais, c’est Meiway que j’écoute le plus. Parce qu’il est le plus joué dans les soirées ivoiriennes et africaines.

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• Et quels types de musiciens fréquentez-vous à Paris ?

- Je fréquente plus les musiciens français, cubains. Mais les musiciens africains, pas vraiment. En fait, mon réseau ne me le permet pas vraiment. Sinon je suis ouvert à toutes les musiques.

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• On dit de vous que vous êtes une grande voix. Quelle motivation encore pour continuer ?

- Il me reste tout à faire et à avoir… Je ne suis qu’un petit dans le monde de la soul. La connaissance n’est jamais définitive. A tout moment, il faut apprendre. Et j’apprends encore.  Quel que soit ce qu’on dira de vous, on n’aura pas fini d’apprendre. La connaissance passe par la lecture, le sport, la religion,  le fait de manger…

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• Qu’est-ce qui vous occupe quand vous n’êtes pas sur une scène ?

- C’est la lecture, je sors peu. Le sport. Je suis en train de chercher un match de foot sur les différentes chaînes. Mes équipes préférées sont l’OM, Chelsea et le Real Madrid.

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• Si on vous demandait de comparer la musique de votre époque à celle d’aujourd’hui ?

- On ne peut dire que telle époque est meilleure à telle autre. Cependant ce que je retiens, c’est qu’à l’époque, on avait de la musique live. Et c’est de là que vient mon amour pour le live. J’ai dû quitter l’enseignement pour être un homme du live. Je ne dis pas que notre musique actuelle n’est pas bien. A l’époque, c’était naturel. Les gens jouaient presque pas pour de l’argent, juste pour le plaisir de jouer. Sinon pour partager quelque chose avec le public. Aujourd’hui, on a affaire à une jeunesse qui n’a pas encore écouté les anciens. Les anciens, c’est Amédée Pierre, Mamadou Doumbia, Anouma Brou Félix… Ils doivent faire un travail d’écoute. Néanmoins, à leur actif, je reconnais qu’ils sont inventifs, créatifs. Puisqu’ils nous proposent des œuvres qui correspondent aussi à un moment donné de notre société, de notre histoire actuelle. Chaque société, à un moment donné, produit des artistes qui correspondent à ses aspirations.

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• A vrai dire au début des années 80, il y a eu un vide. On dirait que les anciens avaient démissionné.

- Oui effectivement. Il y a eu flottement. Certains sont allés en Europe, d’autres se sont lancés dans des recherches  et des carrières personnelles. Ce sont les cas de WedjiPed, Bailly Spinto, moi-même, Alpha Blondy est venu avec une musique non ivoirienne… Il y avait de la place. Même ceux qui sont partis en Europe, ont abandonné la musique. En Europe pour les artistes, le plus difficile, c’est de pouvoir tenir. Ce qui m’a sauvé moi, c’est la soul. C’est une musique fédératrice. Mais si vous vous cantonnez dans votre musique du terroir, c’est difficile. A moins que comme les Salif Kéïta, Youssou N’dour vous ayez une major derrière…

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• Quelque chose que vous regrettez ?

- De n’être pas venu à Abidjan souvent. J’ai été coupé de la base. J’ai beaucoup travaillé à l’extérieur dans les grands palaces. Mais ça m’a fait perdre du temps. J’ai bien gagné ma vie et je gagne bien ma vie. Désormais je veux prendre un autre chemin avec des personnes qui croient en moi, en mon talent. Qui croient au produit Soul Ayom. C’est le regret de n’être pas venu ici. Parce que c’est à partir de la reconnaissance de chez soi qu’on peut aller vers la consécration. Donc pour les 3 années à venir, je compte être présent pour marquer mon territoire.

Par C. Kipré, F. Yéo et O.A. Kader

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http://www.topvisages.net/topvisages/index.php/en/entrevue/item/880-wognin-pedro-alias-soul-ayom-les-jeunes-doivent-ecouter-les-anciens

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Quelques liens

http://www.musicme.com/#/Pedro-Wognin/videos/Adjilman-6B50564239475555475F6F.html

http://www.deezer.com/artist/6550297

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DISCOGRAPHIE

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SOUL TRIUMPH

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